La guerre juste et le catéchisme de l'Église catholique
Par Jean Hénaire
La guerre juste est-elle légitime? Oui, répond le catéchisme de l'Église catholique approuvé par le pape en juin 1992 et publié récemment. Dans ce vade-mecum de la foi catholique, le recours à l'ancienne doctrine de la guerre dite juste est soumise, par ailleurs, à des "conditions rigoureuses de légitimité morale" et au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. Le Vatican dénonce par ailleurs, sans toutefois la condamner formellement, l'accumulation des armes sur laquelle s'appuie la doctrine de la dissuasion "qui appelle de sévères réserves morales". Le service militaire se voit légitimé et sont considérés comme des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples, ceux qui se vouent au service de la patrie car "s'ils s'acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix". Les objecteurs de conscience sont l'objet d'une certaine bienveillance "tout en demeurant tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine"(1).
Le recours à la guerre juste développé par l'Église a des racines lointaines. Jean Pictet, dans son éclairant ouvrage sur l'histoire du droit international humanitaire(2), en situe l'origine. L'auteur rappelle que si les premiers chrétiens refusèrent de servir dans l'armée romaine, c'était en raison du caractère païen de cette armée et de la prétendue divinité de la personne impériale. Ces objections tombèrent, écrit J. Pictet, au lendemain de la promulgation de l'Édit de Milan, en l'an 313, par l'empereur Constantin qui s'était converti. Cette conversion "fit de l'Église, du jour au lendemain, une grande puissance temporelle". Cette alliance, ajoute J. Pictet, amena l'autorité ecclésiastique à légitimer la guerre. Mais cela troubla nombre d'esprit de l'époque. Devant ces scrupules, saint Augustin formula, poursuit J. Pictet, une théorie reprise des Romains et destinée à calmer les consciences: "c'est la fameuse et funeste doctrine de la guerre juste". J. Pictet en explique le raisonnement: l'ordre naturel est un reflet de l'ordre divin. Le souverain légitime a le pouvoir d'établir et de maintenir cet ordre. Comme la fin justifie les moyens, d'ajouter l'auteur, les actes de guerre commis pour la cause du souverain perdent tout caractère de péché. Cette guerre est déclarée juste, elle est voulue par Dieu. L'adversaire est dès lors, écrit J. Pictet, l'ennemi de Dieu et il ne saurait faire qu'une guerre injuste.
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(1) Catéchisme de l'Église catholique. Paris, Mame/Plon, 1992. Voir la partie intitulé "La sauvegarde de la paix", pp. 470-473.
(2)Développement et principes du droit international humanitaire. Institut Henry-Dunant, Éditions A. Pedone, Genève et Paris, 1983, 119 pages. Sur les origines chrétiennes de la guerre juste, voir en particulier les pages 20 à 23. Ouvrage disponible au CICR à Genève. Voir également: Haggenmacher, Pierre: Guerre juste et guerre régulière dans la doctrine espagnole du XVIe, Revue internationale de la Croix-Rouge, septembre-octobre 1992, no. 797, pp. 450-462.
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